Evelyne Frugier : deux carrières en une.

Le parcours d’Evelyne Frugier, ex internationale de volley, est atypique. Fitness, aérobic, elle a réussi sa reconversion au point de disputer les championnats de France et de décrocher une cinquième place aux championnats du monde. Elle multiplie désormais les activités. Pour Phidoo, elle revient sur sa reconversion réussie et bien remplie.
 
Phidoo : Pour commencer, pouvez-vous faire un retour sur votre parcours sportif et détailler les différentes étapes de votre carrière ?
 
Evelyne Frugier : « J’ai commencé par le volleyball très jeune, en cadette, à Cannes, où j’ai été plusieurs fois championne de France. En 1984, je suis partie pour poursuivre mes études en STAPS à Montpellier, où j’ai évolué en National 1A. C’est à ce moment là que j’ai été sélectionnée en équipe nationale. Après Montpellier, j’ai eu un premier contrat professionnel avec l’Entente sportive Meylan-La Tronche, près de Grenoble, en National 1A. Par la suite , j’ai voulu rejoindre le championnat helvète car je souhaitais jouer en équipe nationale suisse de volleyball. J’ai ainsi intégré l’équipe de Genève et j’ai enseigné dans les écoles, avec ma licence STAPS, avant de partir pour Bienne (Suisse) puis Lucerne. Dans le même temps, j’ai découvert le fitness et l’aérobic, que j’ai pratiqués en parallèle. Malgré cela, j’ai signé un nouveau contrat avec Saint-Raphaël, mais en tant que seconde passeuse, afin de continuer mes études. J’ai été major de ma promotion, obtenant au passage une bourse, et j’ai débuté la compétition en aérobic. J’ai ainsi eu une deuxième carrière, en quelque sorte. J’ai en effet intégré l’équipe de France de gymnastique en aérobic, j’ai participé aux championnats de France, du monde et décroché une cinquième place mondiale. Après l’obtention de ma maîtrise et avant d’avoir terminé ma thèse dans le cadre de mon DEA STAPS, la Fédération Française de Gymnastique m’a proposé de me salarier et j’ai développé une partie de mes activités… »

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Quelles sont vos différentes activités désormais ?
« Je fais beaucoup de choses maintenant. Je suis toujours à la Fédération Française de Gymnastique, en tant que salariée, avec de nombreuses autres activités à côté. J’ai ainsi développé mon école de formation au fitness, F.FIT.SCHOOL, à Cannes, dès la fin de ma carrière. J’ai aussi ouvert un centre dédié à la santé par le mouvement et à la performance intelligente. Depuis une quinzaine d’années, je fais des DVD et des vidéos de cours de fitness (« Afro-zouk », « Pilates », « Power yoga », « Les pas de base »…). Je travaille aussi pour ZFITNESS (http://www.zfitness.fr), en tant que directrice technique et pédagogique, et je participe à la recherche, au développement, à la structuration des thématiques en lien direct avec le manager général. J’ai fait aussi du consulting et de coaching, ce qui m’amène à me déplacer entre Paris, Cannes et l’étranger. Enfin, j’ai été préparateur physique pour des athlètes comme Erland Bétaré, champion d’Europe de boxe WWBA, ou pour l’équipe de France de gymnastique aérobic pendant huit ans. »
 
Comment avez-vous géré votre fin de carrière et votre après-carrière ?
« Je me suis entièrement débrouillée seule ! J’aurais bien aimé rester dans le volleyball, qui est vraiment mon sport à la base, mais cela était trop compliqué… Je suis finalement partie sur autre chose, et je n’ai pas eu le temps de penser à l’après-volley. Je ne travaille plus du tout dans cette discipline car, en 1991, à l’arrêt de ma carrière, il n’y avait pas d’accompagnement. De cette manière, je n’ai vraiment pas vu défiler mon après-carrière, passant d’un monde à un autre. J’ai été contrainte de quitter mon milieu d’origine, d’autant que je ne voulais pas rentrer dans un système et devenir professeur de sport, comme beaucoup d’autres le font. Maintenant, il y a tout plein de possibilités ! »

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Les études sont-elles importantes pour avoir une bonne reconversion ?
« Pour le type d’activité que j’ai développé, sans études, je n’aurais pas pu faire tout cela. Dans la voie dans laquelle je me suis élancée, avec les formations suivies, le développement de nouvelles formations, de concepts innovants ou encore la rédaction du premier ouvrage sur le fitness, les études ont vraiment été nécessaires. Mais cela dépend un peu de la voie qu’on décide de suivre… D’autant que, maintenant, il y a tellement de formations et de cursus proposés par les écoles et les universités… »
 
Etait-ce compliqué de suivre des études supérieures et d’enchainer les compétitions de haut niveau, que ce soit dans le volley ou en gymnastique ?
« Non, parce que j’ai toujours apprécié faire les deux. J’ai toujours aimé transmettre ma passion et je voulais l’excellence au niveau des études. J’ai mis parfois un peu de temps pour passer certains paliers, mais j’y suis parvenu car, derrière, en externe, je n’avais pas de pression. »
 
Quelle organisation adopter pour mener de front études et compétitions ?
« Sur le plan des études, notamment durant ma maîtrise, mon DEA STAPS et ma thèse sur la plasticité du système neuromusculaire, j’avais des horaires relativement flexibles. Cela permet de se poser, et de canaliser son attention sur les études. Pour autant, je n’ai pas connu les soirées et les fiestas étudiantes… Mais cela n’a pas été dur : mon loisir était mon sport, et j’ai le goût de l’effort. Aujourd’hui, j’ai le même rythme de vie que quand j’étais étudiante, et je fais toujours 10 000 choses à la fois ! »

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Quels conseils donneriez-vous à un sportif de haut niveau souhaitant bien se reconvertir ?
« Il faut essayer de garder et de développer son réseau élaboré au fur et à mesure de sa carrière. Surtout, il est nécessaire de faire ce qu’on aime et ce à quoi nous croyons. Il ne faut pas hésiter à faire confiance à son instinct, et à s’élancer dans une reconversion dans ce qu’on aime pratiquer. Après, il est normal que certains aillent plus vite que d’autres ! »
 
Propos recueillis par Julien Pompey
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